COTTAGE MANIKAKO

  • 21 avril 2017
  • By Service Station
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OBJECTIF : L'innovation. Cette construction écologique combine les principes et critères Passivhaus et LEED.

DÉTAILS : En construction au bord d'un lac à Wentworth Nord (Laurentides), le cottage Manikako devrait être terminé cet hiver. L'équipe convoite la prestigieuse certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) de niveau or ou platine de ce système d'évaluation nord-américain de bâtiments durables. « Écologique, durable, hyperperformante et avant-gardiste », voilà comment Robin décrit cette maison.

CONSTRUCTION :

Innovation et processus de conception : Conçu par l'architecte d'origine allemande Max Rink, qui dirige la firme SPRIKK, établie à Rotterdam, aux Pays-Bas.

Maison quasiment passive : Elle s'inspire de la norme établie par le Passive House Institute (PHI) allemand. Pour obtenir cette certification, une maison ne doit pas consommer plus de 15 kilowattheures par mètre carré habitable en chauffage annuellement. Bien qu'ils ne visent pas la certification internationale Passivhaus (leur cible est de 23 kWh/m2/an ou 433 $/an avec des plinthes), ses clients et lui s'en approchent drôlement. En outre, ils font appel à des produits plus courants en Europe, tel que l'isolant en panneaux de fibre de bois et la structure en panneaux de bois massif lamellé croisé (mieux connus sous l'acronyme anglais CLT, signifiant Cross Laminated Timber).

Matériaux et ressources : Il a fait appel à l'ingénieur Denis Boyer, coordonateur de l'efficacité énergétique chez Écohabitation, pour effectuer l'analyse énergétique de la maison sur le logiciel PHPP (Passive House Planning Package), du PHI. Selon cette simulation, la maison de 2 150 pi2 (200 m2) consommerait moins de 5 000 kilowattheures (entre 450 et 500 $) de chauffage par année. L'équipe a opté pour des murs R-42, un toit R-89, une dalle radiante R-50 et une cible d'étanchéité de 1 changement d'air à l'heure à une pression de 50 pascals (CAH à 50 Pa), alors que la certification Passivhaus exige de ne pas dépasser 0,6 CAH à 50 Pa.

Dalle radiante : Le plancher du rez-de-chaussée est une dalle de béton monolithique de 1 200 pi2, « la meilleure solution pour emmagasiner l'énergie solaire », estime Matthieu Rivet. La dalle fut coulée dans des coffrages isolants permanents de polystyrène expansé (PSE), de 12 pouces (30 cm) d'épaisseur. « C'est le système Styrorail que Malcolm Isaacs a conçu et distribue, dit Robin. Ce n'est pas compliqué à monter ni à en assurer l'étanchéité. Il a fallu juste 700 ml de colle de polyuréthane pour sceller les joints. L'équerrage est simple parce que tout est pré-coupé. » Grâce aux niveaux élevés d'isolation, la chaudière qui fournit l'eau chaude au plancher hydronique est d'une puissance de seulement 3 kilowatts, soit l'équivalent de trois plinthes de 1 000 W.

Panneaux en CLT : Robin est ravi des panneaux structuraux fabriqués dans la toute nouvelle usine de CLT de l'Outaouais, à Ripon. « Ces panneaux sont incroyables. Ils protègent du bruit et de la chaleur, ils résistent bien au test de feu parce que c'est un matériau dense et, en plus, absorbent l'humidité et diffusent la vapeur », ce qui accroit le confort et minimise le risque de condensation et de moisissures. Un seul panneau en CLT peut faire jusqu'à 35 pi x 12 pi x 4 po et peser 1 500 kg ou davantage. Le constructeur a supervisé l’installation des panneaux par une grue en octobre 2016 conformément aux plans d'ingénierie fournis par le fabricant. « L'autre avantage du CLT, c'est qu'il offre de grandes portées, ajoute-t-il. Les planchers de l'étage sont soutenus par quatre tiges d'acier et des équerres s'attachant aux poutres de la toiture. Le panneau en CLT est un produit qui ne tardera pas à être connu et couramment utilisé. »

Isolant en bois : L'isolant de fibre de bois allemand Schneider-Holz (en panneaux de 2 x 8 pi, 280 mm ou 11 po = R-40) est un matériau sain et écologique. Entièrement naturels, ces panneaux consistent en une pâte de bois compressée, collée et cuite avec sa propre résine et de l'eau. « Il n’y a aucun produit nocif et les ingrédients sont issus des chutes de bois récupérées chez Schneider-Holtz qui fabrique aussi des panneaux de bois massif, dit Robin. On l'a fait venir d'Europe et à ma grande surprise, malgré son coût élevé, si on tient compte de la pose, isolant pour isolant j'arrive à 1 $ de moins au pied carré que si j'avais utilisé la laine de roche, parce que la maison n'a pas besoin d'ossature de bois. L'isolant est fixé au CLT avec des vis en métal et des rondelles en plastique, fraisées à leur tour avec un bouchon en plastique coupant les ponts thermiques. C'est merveilleux ! » Toutefois, le mur R-40 complet en CLT revient plus cher que le mur R-40 de la maison Edelweiss (à Wakefield) en 2x6 isolés à la laine de roche : 28 $/pi2 vs 20 $/pi2, excluant le revêtement extérieur et la pose dont le coût était similaire.

Puisque les panneaux de CLT agissent en tant que pare-vapeur et pare-air, la maison ne contient aucun plastique autre que les ruban SIGA et la mousse expansible en rouleau Hannoband, imperméables à l’eau et perméables à la vapeur d’eau. Dans cette maison, il n'y a aucun scellant acoustique, pas même de plinthe au bas des murs.

Ventilation : La certification Novoclimat 2.0 n'était pas possible parce que la maison n'est pas dotée d'un ventilateur récupérateur de chaleur (VRC) dont les performances sont certifiées HVI (Heating and Ventilation Institute). « C'est malheureux, le gouvernement manque d'ouverture d'esprit en n'acceptant pas les résultats des tests de performance européens », estime Robin Gratton. La maison étant à aires ouvertes, elle fut équipée des VRC allemands de Lunos, sans conduits. Sept paires (cinq e2 et deux eGo) de petits ventilateurs ont été installées dans le haut des murs extérieurs. Chacun est doté d’un cœur en céramique récupèrant, selon le réputé Fraunhofer Institute for Building Physics, jusqu'à 90 % de la chaleur de l’air vicié pour préchauffer l’air frais, et le flux de l’air est inversé — l’un aspire, l’autre évacue — toutes les 90 secondes. « C'est révolutionnaire, dit Robin. L’efficacité est garantie car la taille des alvéoles du cœur fait en sorte qu'en 90 secondes, il n’a pas le temps de givrer. C’est mieux qu’un VRC dont la performance certifiée HVI est testée dans des conditions idéales, mais qui est rarement installé de façon idéale. Lunos a fourni un plan d’installation personnalisé et les ventilateurs ont été installés par la compagnie EVO Air. Je n’avais qu’à poser un fil apportant du 12 volts aux bons endroits. »

Autre coup de cœur, Robin a été séduit par la forme allongée et l'aspect radiant du poêle à bois Stüv 30, fabriqué en Belgique. « La première moitié est une chambre à combustion propre et l’autre est une masse thermique qui accumule et diffuse la chaleur. » L'appareil est également doté d'un tambour rotatif offrant trois modes d'utilisation : porte vitrée, porte pleine réduisant le rayonnement et évitant que la vitre ne se salisse, et mode feu ouvert pour profiter pleinement du feu.

Pour sa part, Robin confie qu'il est un sceptique converti, désormais passionné par ce genre de construction combinant les principes et critères Passivhaus et LEED. « Plus j'avance, plus je suis convaincu que c'est performant et durable quand toute la logique de construction des maisons passives et écologiques est réunie dans un même concept du début à la fin, sans aucun produit pétrolier autre que les scellants suisses. » Selon lui, le facteur clé d'une telle réussite, c'est la collaboration. « Le travail d'équipe est d'autant plus important quand on utilise des nouveaux matériaux et des nouvelles techniques de construction. On se creuse la tête et on trouve des solutions ensemble quand l'être humain est impliqué et y met du sien pour obtenir la meilleure qualité possible. »

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